Erickson paraissait souvent soutenir une banale conversation avec ses patients. Il leur parlait au sujet d’une expérience précédente et commençait à la développer en posant des questions ou en simplement en hallucinant des éléments généraux et universels concernant cette expérience. Plus il demandait de détails, plus le patient devenait profondément associé à cette expérience. Il revivait alors virtuellement ce souvenir au moment présent. Il pouvait poser des questions au sujet de diverses expériences dans la même conversation, au sujet d’un hobby, d’un voyage récent, ou de la vie de famille. Tout en parlant, il aidait son patient à retrouver ses souvenirs, et à en refaire l’expérience des émotions pendant la séance. Plus tard, il utilisait un mot ou une phrase pour réactiver l’association à ces sentiments (par ancrage verbal). Cette « banale » conversation accomplissait ainsi un certain nombre d’objectif importants : en facilitant le rapport (la plupart des gens aiment parler de souvenirs agréables), en procurant des rétroactions visuelles et auditives concernant la réceptivité du patient, en commençant à entraîner le patient à la transe, et en dévoilant les ressources potentielles pour un usage futur. La technique de revivification est particulièrement utile parce que on peut l’utiliser

avant même de commencer l’induction formelle. Il suffit de demander :

« Avez-vous une passion ? », ou

« Que faites-vous dans votre temps libre ? »

Si on pose des questions et que le sujet s’exprime sur son ressenti intérieur, plus on est précis et plus on a de chance d’installer l’état associé à cette expérience. Il s’agit  d’un procédé de stimulation de sa « stratégie de réalité », dont la question primaire est : « comment savez-vous ? ».

En posant ces questions, on continue à aller plus en profondeur pour obtenir plus de détails sur la manière dont le sujet sait qu’une expérience est réelle pour lui. Il a en effet besoin d’accéder au fichier de ce souvenir, de l’ouvrir, et de s’y plonger pour pouvoir répondre aux questions. Ce processus modifie de fait son orientation dans le temps et l’espace. Une fois qu’on a revivifié une expérience positive, on peut ancrer les sensations qui y sont associées et les utiliser en tant que ressources plus tard dans la thérapie, pour faciliter le changement.

1. Etablir le rapport, en se synchronisant sur le sujet. Observer le patient avec sincérité et l’attente positive qu’il va accéder à l’état désiré.

– Commencer par poser des questions générales pour orienter le discours vers les passions, les vacances, ou des moments agréables, voire une expérience de transe profonde et positive.

2. Une fois qu’on a trouvé un sujet susceptible de posséder des états positifs associés, utiliser des questions pour évoquer des précisions au sujet de cette expérience et orienter la personne vers le contexte : où, quand, comment, avec qui ?

– utiliser des conjonctions pour créer des transitions (« et, alors que… »),

– changer le temps du passé vers le présent,

– orienter de l’extérieur vers l’intérieur (sensations, sentiments, pensées…), ce qui permet d’intensifier le ressenti et initie le développement de la transe.

3. Reformuler les réponses verbales et non verbales du sujet,  Si nécessaire, demander : 

« comment savez-vous que vous … ? »

  • Modeling : progressivement  ralentir le débit verbal, tout en baissant le ton et en modelant le comportement de transe.

4. Tout en laissant le sujet verbaliser ses « mots de transe » avec leur forme analogique, qui seront des ancrages naturels pour cette expérience.

Identifier un mot ou une phrase qui résume l’état en question, en incluant ses caractères para-verbaux et non verbaux, le répéter et le mémoriser.

5. Délivrer la suggestion post-hypnotique :

« Ouvrez vos yeux seulement dès que votre inconscient est prêt à approfondir («mots de transe»), la prochaine fois que vous y accédez…».