Le VIIème congrès de la CFHTB à Biarritz en mai 2011 s’est conclu par l’attribution du prix Watzlawick au Dr Ottin-Pecchio pour son utilisation originale de l’hypnose associée à la massopuncture et au piano. Il a démontré que l’influence de la musique pouvait être utile dans le cadre de l’hypnose. Mais en quoi la compréhension des mécanismes psycho-physiologiques déclenchés par l’audition ou la production musicale pourrait faciliter, amplifier, voire déclencher le travail hypnotique ? Et si certaines techniques psycho-musicales pouvaient interagir avec les suggestions verbales à chaque phase de la séance ?

Dans de nombreuses cultures, la musique et la transe s’associent dans un but thérapeutique. Les chants liturgiques produisent des effets émotionnels, la musique rituelle, rythmée et monotone, possède cette fonction de modificateur de la conscience qui précède la transe. Franz Anton Mesmer était réputé pour sa grande connaissance musicale et son talent de musicien. Pour ses séances de magnétisme animal, il utilisait un agencement très élaboré fait de lumières et de musique, destiné à instaurer une ambiance propice à la crise magnétique. Il était convaincu des propriétés thérapeutiques de la musique et pensait que celle-ci intensifiait la communication du “fluide universel”. Ainsi, il était fréquent que ses séances soient accompagnées par un orchestre de chambre. Il lui arrivait même de jouer au piano des airs émouvants pour déclencher la transe chez ses patients. La musique pourrait ainsi avoir une action hypnotique par sursaturation cognitive,  par effet direct des ondes sonores, voire par synchronisation inter-hémisphérique ou par régression à un stade pré-verbal…

Potentialisation musicale des suggestions verbales 

Chacun s’accorde à considérer la musique comme un langage universel. De nombreux mythes, historiques ou populaires, mettent en scène les pouvoirs «cachés» de la musique (Orphée, Apollon, Jéricho…). Envisager la musique de manière symbolique tel que cela a pu être formulé dans les récits mythiques est particulièrement précieux pour la construction de métaphores thérapeutiques à caractère universel. Le discours verbal partage avec la musique sa dimension sensorielle sonore ; son étude «analogique» met en évidence tout ce qui est «para-verbal», c’est-à-dire les qualités du discours en terme de timbre, hauteur et volume de la voix, rythme de la parole, ton et intonations. Rappelons ici que dans toute situation de communication, il existe une prééminence des éléments non verbaux sur les éléments verbaux. En tant qu’hypnothérapeute, il apparaît du plus grand intérêt de considérer la voix du point de vue de ses caractéristiques musicales. En effet, le contrôle et la modulation de la voix permettent à la fois de s’adapter au patient (par synchronisation) et de le guider vers un état désiré, en jouant sur la monotonie, la répétition, le ralentissement, etc. L’expression chantée peut être envisagée dans certains cas : pour éviter une résistance, ou induire un état émotionnel, voire une régression (berceuse, comptine…). Et comme le Dr Ottin-Pecchio, il est envisageable d’utiliser les sons musicaux pour ponctuer la séance et favoriser la confusion ou la dissociation dans la relation thérapeutique.

La musicothérapie et l’hypnose présentent de nombreux points communs. Tout d’abord dans leur objectif : engendrer une meilleure perception, un nouvel accord au monde par une ouverture des canaux de communication. Certaines de leurs indications se recouvrent, et il est logique d’imaginer qu’elles peuvent se renforcer dans leurs effets. La calibration et la synchronisation se retrouvent dans le bilan psychomusical et l’accordage hypnotique. L’absorption interne jouera plutôt sur une focalisation auditive, portant sur la musique auditionnée ou les bruits du corps du patient. Grâce à la musique, on peut envisager d’établir un rapport thérapeutique positif, en utilisant le type de musique en rapport avec la personnalité du patient ou son état psychique. Il apparaît clairement que l’hypnose et la musicothérapie peuvent être complémentaires. Une combinaison élégante de leurs «pouvoirs» respectifs sur l’imagination est capable d’offrir au patient une nouvelle possibilité d’évolution.

L’induction par le son

Certains auteurs, utilisant les rythmes graves – tels qu’ils sont perçus par le fœtus – obtiennent un effet de détente immédiate et de régression. C’est le cas de Duran-Lopez qui emploie des battements cardiaques associés à un balancement pour favoriser une technique de suggestion verbale. Le fait est que les sons graves, plus que les autres, semblent capables de conduire les sujets réceptifs à l’état de transe. Dans le même esprit, le Dr Feijoo utilise des fréquences inférieures à 200 Hz, qu’il pulse de manière monotone ou fait tourner stéréophoniquement autour du patient afin de favoriser la suggestibilité et d’induire un état proche de la transe. Il s’en sert également pour détendre la femme enceinte et lui permettre de «se programmer» pour un accouchement conscient avec des sensations non-douloureuses. Il pense agir sur la composante « émotionnelle » de la douleur et qualifie son procédé d’audio-analgésie. Cet enregistrement musical induit une distorsion spatio-temporelle entrainant les centres sous-corticaux vers une baisse du niveau de vigilance. La méthode de rotation sonore de Feijoo permet ainsi une réponse neuro-végétative prévisible : une détente musculaire accompagnée d’un bien-être psychologique.

Coda

L’Univers est né d’un vacarme étourdissant, d’un premier son créateur : le « Big-Bang ». Sous toutes les latitudes, la musique nous accompagne depuis l’aube de l’humanité où elle a été un prélude au langage, un son auquel on attribue du sens. Depuis le paradis de la nuit utérine, où le son a représenté notre premier contact avec l’extérieur, elle ne cesse de nous envelopper, de nous façonner. La musique est partout : dans notre environnement sonore ou dans la prosodie de nos interlocuteurs, dans les tréfonds de notre mémoire archaïque jusque dans nos rythmes biologiques. Par son effet de fascination et son pouvoir unique de séduction, elle porte en elle la capacité, ne serait-ce que pour un instant, d’investir notre esprit pour en chasser les dissonances. Tout comme Orphée en enfer parvenait, en faisant résonner sa lyre, à en interrompre le cours, David chassait le mauvais esprit de Saül à grands renforts de mélodies. Ainsi, absorbé par l’écoute, influencé par cette émotion si particulière qu’elle peut susciter, peut-on parvenir à oublier les tourments de l’esprit et les douleurs du corps. En empruntant à la sagesse présciente des pratiques rituelles autant qu’aux explorations neuro-cognitives de l’influence des sons, ou à la spécificité de la relation musicothérapeutique, l’hypnose moderne a tout à gagner à intégrer l’outil musical dans sa pratique clinique. Finalement, l’hypnose et la musicothérapie s’accordent à poursuivre le même but. Permettre à chacun de trouver en lui ce Bien suprême qu’il ne pourra trouver nulle part ailleurs : l’Harmonie.