Antiphon le sophiste, au Ve siècle avant J.-C., possédait déjà le pouvoir de guérir avec les mots et d’alléger les douleurs. Il recevait dans une petite maison, près de l’agora de Corinthe et maniait une rhétorique apaisante et fortifiante dont les tours, les détours et la force de conviction étaient capables de redonner l’envie et le courage de se battre aux malades comme aux angoissés. Il fut le premier à déployer ce que les sophistes, puis les stoïciens appelèrent les  » consolations « , les  » exhortations « , des discours à usage intime, construits comme des pièces de musique, avec une argumentation montante, des morceaux de bravoure, des chutes rythmées, semées d’aphorismes et de sentences, d’anecdotes émouvantes, présentant des idées requinquantes ou enrobant des vérités amères mais inévitables. Les consolations étaient écrites pour réconforter des parents désespérés le jour du décès d’un enfant, pour retremper un esprit déprimé par un affreux échec, ou pour apaiser une personne inconsolable.